HANDICAP, DROITS, SEXUALITE, LIBERTINAGE, HETERO, GAYS, BIS...

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LA VIE AFFECTIVE et SEXUELLE

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CHARTE * relative à

LA VIE AFFECTIVE et SEXUELLE

 

" Le milieu mixte est le milieu le plus humain et le plus vrai pour des personnes ayant un handicap mental. Il apporte une paix, une harmonie... Il y a comme une délicatesse plus grande."

                                   Jean VANIER

 

 

            Le but de la présente Charte, adoptée par le Conseil d'Administration du 6 décembre 1997, est de fournir un cadre de références communes en matière de reconnaissance et d'accompagnement de la vie affective et sexuelle de la personne handicapée mentale. Celui-ci est envisagé dans le cadre d'un partenariat professionnel - famille - personne elle-même. Cette charte mentionne quelques principes relatifs à l'éducation sexuelle, la mixité, la relation amoureuse. Ces options générales, nécessaires dans un contexte institutionnel offrent la possibilité de cheminer ensemble, ouvrent la réflexion de chacun, mais n'écartent pas pour autant l'individualité. Tout accompagnement se réfléchit en fonction des spécificités et des attentes de chaque personne.

 

 

I - PREAMBULE

 

            Traiter du thème de la sexualité des personnes handicapées mentales n'est pas chose aisée. Le sexuel touche à nos affects les plus intimes et ne nous laisse jamais indifférent. Les manifestations sexuelles des personnes handicapées mentales nous interpellent, nous questionnent, résonnent en nous, et souvent nous renvoient à nos propres difficultés plus ou moins bien surmontées. Mais si nous voulons reconnaître la personne déficiente mentale comme un être sexué, nous devons nous efforcer de questionner nos pratiques institutionnelles, notre politique en matière de sexualité.

 

Qu'entendons-nous par sexualité ?

 

            Dans nos sociétés, nous reconnaissons une place de plus en plus importante à la sexualité. Elle est intégrée au développement global de l'être humain et participe à l'équilibre physique, affectif et social de tout individu.

 

            La psychanalyse, avec S. Freud, a étendu la sexualité au développement de l'enfant. La sexualité commence dès la naissance. Elle ne désigne pas seulement les activités et le plaisir qui dépendent du fonctionnement de l'appareil génital, mais aussi un mode de satisfaction non directement lié à la génitalité et qui s'exprime dès l'enfance. Par conséquent, la sexualité ne se limite pas à la seule génitalité.

 

            De même, selon Haeberlé, le concept de sexualité ne se limite plus à la procréation et au plaisir érotique, mais englobe le besoin d'amour, de réalisation personnelle. L'être humain est par essence un être de relation. "La personne, écrit E. Mounier, n'existe que vers autrui. Elle ne se connaît que par autrui, elle ne se trouve qu'en autrui. L'expérience primitive de la personne est l'expérience de la seconde personne. Le "tu", et en lui le "nous" précède le "je" ou au moins l'accompagne. On pourrait presque dire que je n'existe que dans la mesure où j'existe pour autrui et à la limite  "être, c'est aimer". Ainsi, on ne peut devenir soi-même sans relation à l'autre. C'est l'autre qui nous fait devenir.

 

* Le mot CHARTE est à prendre non dans son sens ancien de "titre accordant des privilèges ou des franchises" mais dans son sens moderne d'"énoncé des principes fondamentaux d'une entreprise, d'une société" (Quillet).

 

            Cette compréhension trouve son fondement dans la Bible, où le récit de la création de l'homme suggère dès le début des Ecritures Saintes la nature relationnelle de l'homme. "Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa." (Genèse 1, 27)

 

            En résumé, la sexualité est un concept large englobant à la fois tout ce qui est du ressort de la génitalité, mais aussi tout ce qui a trait aux besoins relationnels, affectifs de tout être humain. Rappelons-le, réduire la sexualité à l'acte génital conduirait bien souvent à méconnaître les besoins pulsionnels propres à certaines personnes handicapées mentales.

 

            L'objectif de la présente charte est de préciser ce que nous pensons être en mesure de favoriser, d'accepter, d'encourager, ou a contrario ce que nous pensons devoir déconseiller, interdire. Ce document doit nous aider à édifier un cadre où seront mis en place un certain nombre de repères, avec comme objectif principal de permettre à la personne handicapée mentale de vivre sa sexualité d'une manière aussi épanouissante que possible.

 

            Ces prises de position, ces limites ne sont pas définitives, édictées une fois pour toutes, mais elles doivent être, au contraire, sans cesse réinterrogées en fonction de l'évolution des situations, de l'évolution du concept de sexualité.

 

            Par ailleurs, si nous cherchons à délimiter, à préciser nos positions face à la sexualité des personnes déficientes mentales, c'est dans la perspective qu'elles servent de garant, et de ce fait, nous aident à accompagner d'une manière structurée et structurante la sexualité de la personne handicapée mentale. Notre objectif est de l'amener à se construire et à adopter un comportement sexuel socialement accepté et ainsi valoriser son propre rôle social. Il est évident que la situation de chaque personne est à considérer dans son individualité.

 

 

II - FONDEMENTS BIBLIQUES ET ANTHROPOLOGIQUES

 

  1. La Bible a une approche extrêmement positive de la sexualité. Dès les premières pages de la Genèse, elle apparaît comme constitutive de l'être humain : "Homme et femme il les créa". Genèse 1, 27. De même, l'élan vital qui enrichit et féconde l'être humain, bien plus largement que dans la seule procréation, à travers le désir qui le porte vers un autre être, est-il tout entier contenu dans le cri d'admiration d'Adam découvrant la compagne que le créateur lui a donnée : "Voici désormais celle qui est chair de ma chair et os de mes os". Genèse 2, 23.
  2. Le désir qui porte un être vers un autre est valorisé au point qu'il fait l'objet d'un livre entier de la Bible, le Cantique des Cantiques, dans lequel on a vu quelquefois une allégorie de l'amour de Dieu pour son peuple. Dans le Nouveau Testament d'ailleurs, l'apôtre Paul utilise l'image du couple pour caractériser les relations entre le Christ et l'Eglise.
  3. Pour autant, la Bible ne nie pas que la sexualité puisse être à l'origine de débordements et de déviations qui peuvent aller à l'encontre de l'épanouissement voulu par Dieu pour sa créature. Elle fixe donc un certain nombre de limites et d'interdits. La sexualité s'exprime normalement dans le cadre d'une relation entre un homme et une femme. L'homosexualité est considérée comme anormale et pour l'apôtre Paul, elle est même une des conséquences de la révolte de l'humanité envers Dieu (Rom. 1, 26 - 27). Mais les interdits vont beaucoup plus loin que la nature du partenaire. Dans l'Ancien Testament, de nombreuses prescriptions rituelles concernent les notions de pureté et d'impureté, liées à la menstruation ou à l'épanchement séminal. Ces interdits sont l'expression, en grande partie, d'influences culturelles des milieux où les textes ont été rédigés, voire de leurs auteurs. Dans l'Ancien Testament par exemple, la polygamie est admise (cf. Léa et Rachel), et dans le nouveau, de nombreux commentateurs ont souligné une certaine misogynie de l'apôtre Paul. Il n'y a donc pas un "modèle biblique" de couple ou de relations sexuelles idéales, qu'il suffirait de mettre en oeuvre aujourd'hui.
  4. Les Eglises chrétiennes, elles aussi marquées par diverses influences culturelles comme le platonisme grec, ont malheureusement davantage insisté sur les interdits que sur les aspects positifs de la sexualité, au point que dans le vocabulaire ecclésial le mot péché est devenu synonyme de sexualité. Cette dérive est une grave perversion du message chrétien, pour lequel le seul péché est le refus de Dieu et la volonté d'autonomie (= je suis à moi-même ma propre loi) de l'homme. Ce rejet de Dieu a certes des conséquences sur le plan sexuel, mais aussi de manière beaucoup plus large (oppression, injustice, violence, ...)
  5. Les personnes handicapées, dans la mesure où nous les reconnaissons comme frères et soeurs en humanité, créées à l'image de Dieu, participent à l'ambivalence de la vie sexuelle, source potentielle de joie et d'épanouissement, mais aussi de culpabilité, de déviances voire de violence. Pour ces "plus petits d'entre les frères de Jésus" l'Evangile exige une attention, un respect et une délicatesse particulière, qui devront tout particulièrement s'exprimer dans le domaine sensible de la sexualité.
  6. En conclusion, nous pouvons retenir que, dans une optique biblique et chrétienne :
  • La sexualité est fondamentalement bonne et épanouissante pour l'être humain dans le projet créateur de Dieu.
  • Ce projet de Dieu pour sa création a été perturbé par la révolte de l'homme, qui a pour conséquences toutes sortes de dérèglements : sociaux, économiques, écologiques, éthiques et sexuels.
  • En donnant la Loi à Moïse, Dieu propose aux humains un chemin de vie, marqué par des limites et des interdits (Voici je place devant toi la mort et la vie. Choisis la vie....). Mais l'humanité s'avère incapable de suivre ce chemin. Seule l'intervention décisive de Dieu lui-même, incarné en Jésus Christ, peut conduire l'humanité au salut par pure grâce, lorsque celle-ci y adhère par la foi. Désormais c'est l'amour qui est la norme de toutes choses.
  • Pour les chrétiens, la Loi et les principes moraux qui en découlent sont un guide pour la vie, mais non un chemin de salut. Il convient de s'en souvenir en matière de morale sexuelle, qui ne saurait être fixée par un code intangible, la norme suprême étant l'amour. Cela d'autant plus lorsqu'il s'agit de personnes handicapées mentales, fragiles et influençables. Elles sont moins que d'autres en mesure de s'approprier des principes moraux pour opérer des choix personnels. Les principes qui leur sont imposés "de l'extérieur", tout particulièrement en institution, doivent donc, dans une optique chrétienne, viser à :

- les responsabiliser chaque fois que c'est possible, sans les culpabiliser ou susciter la honte

- les protéger chaque fois que c'est nécessaire, sans les étouffer ou les infantiliser

- faire place à la compassion et à l'amour, sans céder au laxisme ou à l'angélisme.

  • En ce qui concerne les relations de couple, nous souscrivons à l'affirmation que "le respect, l'amour et la fidélité sont constitutifs de tout couple qui s'engage dans un projet commun ; cela vaut tant pour les couples de cohabitants que pour les couples mariés civilement" (Synode de l'E.R.F. 1984).

 

 

III - PRINCIPALES REGLES

 

            La vie sexuelle des résidents du Sonnenhof comporte une dimension personnelle et intime, mais aussi une dimension sociale, qui, en institution, concerne particulièrement le personnel et les familles. Chacun de ces acteurs -résident, personnel, familles, - dispose  de droits et de devoirs que le présent document vise à définir dans ses grandes lignes. La question ne se posant pas de la même manière pour un enfant polyhandicapé que pour un adulte travailleur, des disposition particulières pourront être prises dans chaque unité et formalisées dans les projets d'établissement. A travers ses organes de direction - Conseil d'Administration et équipe de direction - la Fondation doit veiller à l'application de ces principes et s'en porter garante.

 

            1. Les résidents

 

            1. 1. L'éducation sexuelle

 

            L'éducation sexuelle ne se résume pas à une instruction sexuelle. Grande est la tentation de la réduire souvent à une transmission de connaissances, d'un savoir  concernant les organes sexuels et leur fonctionnement. L'éducation sexuelle doit avant tout reconnaître l'autre comme sujet de désir.

            En matière d'éducation sexuelle, il convient d'établir un partenariat entre la personne handicapée mentale et un adulte de son choix (éducateur, thérapeute, ou autre). Donner la parole à la personne handicapée, ne pas savoir à sa place, cheminer avec elle, reconnaître ses difficultés spécifiques, ne pas porter de jugements de valeurs, sont autant d'objectifs visés par un tel partenariat. Il s'agira, par conséquent, comme dans tout accompagnement, de trouver la juste distance relationnelle qui favorise le dialogue. Deux dangers peuvent nous guetter. Une trop grande proximité peut conduire à la fusion. Dans ce cas, l'autre n'existe plus pour lui-même mais pour l'autre. A l'inverse, une trop grande distance risque d'amener l'ignorance, le rejet des préoccupations, des attentes de la personne handicapée mentale.

 

            Adopter une attitude de vigilance en matière d'éducation sexuelle revient à favoriser, à proposer le dialogue sans l'imposer, à saisir le moment opportun (ni trop tôt, ni trop tard) pour se mettre à l'écoute de l'autre et rendre accessible le dialogue. Toute éducation sexuelle doit tenir compte du vécu de la personne, de ses réelles préoccupations. Il ne s'agit pas de devancer les questions de la personne, mais bien au contraire de respecter, tenir compte de son besoin légitime de reconnaître, comme celui tout aussi légitime de méconnaître, de ne pas savoir. La méconnaissance, qualifiée souvent d'un "savoir sans savoir", est à accepter, et constitue parfois une étape nécessaire dans la vie de l'individu.

 

            L'éducation sexuelle doit être souple et individualisée. Ainsi, lorsqu'elle s'adresse à des personnes déficientes intellectuelles, elle doit être adaptée et prendre en compte les décalages existant entre le développement physique, affectif et cognitif. Toute intervention en matière d'éducation sexuelle doit se faire en considérant l'ensemble du développement de la personne handicapée mentale. Dans le respect des principes énoncés ci-dessus, l'éducation sexuelle, s'appuyant sur des supports éducatifs adaptés, est à mettre en place dès l'enfance ou l'adolescence.

 

            L'intervention en matière d'éducation sexuelle s'articulera autour de trois axes : le savoir, le savoir-faire, le savoir-être.

 

            Le savoir : il s'agit de fournir les connaissances, les renseignements relatifs à la sexualité en général, de compléter voire de rectifier des informations glanées ailleurs (TV, médias) qui peuvent souvent être mal comprises, mal assimilées et de ce fait pas maîtrisées. Parallèlement, fournir aux personnes handicapées tous les renseignements concernant la contraception, les MST, le sida. Il va de soi que toutes les informations doivent être données dans un climat de confiance, de respect, sans culpabiliser la personne.

 

            Le savoir-faire : autre versant de cette intervention, il vise les modalités habituelles de l'expression de la sexualité, les comportements sexuels socialement admis.

 

            Le savoir-être : au cours de cette éducation sexuelle, il faut responsabiliser la personne handicapée, l'amener à adopter et à mettre en place une manière d'être valorisante pour elle-même, l'aider à construire une image de soi positive.

 

            1. 2. La mixité

 

            La mixité est souhaitable comme une des composantes de la diversité voulue au sein de notre village. Elle est amenée à se généraliser dans tous les secteurs. Il s'agira d'une mixité relative, dans la mesure où les chambres et les sanitaires ne seront pas mixtes. Là où la disposition de sanitaires distincts n'est pas possible, il faudra gérer leur utilisation dans le temps de façon à préserver au mieux l'intimité des personnes.

 

            Dans les secteurs (M.A.S., secteur d'enfants polyhandicapés, etc ...) où les personnes sont très dépendantes du fait de la gravité du handicap, il convient d'être particulièrement attentif à la dimension sexuée de chaque être humain. Nos attitudes, notamment dans des situations de nursing, méritent d'être réfléchies en incluant cette réalité, afin de respecter la dignité de la personne handicapée mentale.

 

            1. 3. Relation amoureuse, cohabitation et mariage

 

            Ce paragraphe concerne uniquement les secteurs adultes.

 

            La fréquentation de couples existe de longue date. Elle est souvent exemplaire de fidélité et de délicatesse. Des manifestations publiques de tendresse sont autorisées, dans la limite de la bienséance, en dehors des lieux de travail. Le personnel dans son ensemble veillera à limiter les excès avec tact et fermeté. L'autorisation de recevoir un ou une amie dans sa chambre pourra être donnée dans une certaine plage horaire, et au cas par cas, en tenant compte des personnes.

 

            Pour des couples stables, la cohabitation pourra être envisagée. En règle générale, le projet de cohabitation sera l'aboutissement d'un processus d'accession à l'autonomie et se concrétisera à l'extérieur de la Fondation, avec un suivi du SAVS en tant que de besoin. Il faudra veiller toutefois à ce que "accession à l'autonomie" et "cohabitation" ne deviennent pas synonymes. Dans certains cas particuliers, une cohabitation interne au Sonnenhof pourra être envisagée, dans une structure adaptée (ex : Le Bosquet) et un cadre semi-encadré. Elle pourra constituer une préparation et une situation transitoire pour des couples amenés à vivre plus tard à l'extérieur, ou une situation durable pour des couples stables n'ayant pas les capacités à vivre de façon autonome.

 

            De manière générale, nous devons favoriser l'idée que fréquentation et cohabitation s'inscrivent dans la durée. Pour certains couples stables et autonomes, vivant à l'extérieur du Sonnenhof, le mariage pourra être envisagé. Une telle officialisation du couple pourra relever de l'accompagnement du SAVS. En cas de tutelle ou de curatelle, le mariage nécessite l'autorisation du tuteur ou du curateur. La bénédiction religieuse d'un couple relève de l'accompagnement pastoral et pourra être préparée avec l'aumônier du Sonnenhof.

 

            1. 4. Procréation et contraception

 

            La procréation de couples de personnes handicapées pose un problème d'ordre éthique et social. S'il n'y a aucune certitude qu'un enfant né de parents handicapés soit lui-même handicapé, la constitution de la personnalité de l'enfant risque cependant de souffrir du handicap des parents et il y a de fortes probabilités pour que la société doive suppléer durablement la déficience parentale. La procréation devra donc être évitée pour les résidents du Sonnenhof et déconseillée à ceux qui sont suivis par le SAVS. Nous reconnaissons là les limites de nos affirmations concernant l'égalité de droit et de dignité des personnes handicapées mentales.

 

            Dans cette optique, la contraception devra faire l'objet d'une attention toute particulière. Chaque fois que cela sera possible, le consentement éclairé de la personne, ainsi que l'avis de la famille ou du tuteur seront recherchés. Dans les cas à risque où le consentement n'est pas possible, le médecin pourra agir en appliquant le principe du moindre mal. (Une contraception non comprise vaut mieux qu'une grossesse non assumée). Dans les cas difficiles (contraception impraticable, grossesse non désirée,...), le médecin pourra s'appuyer sur l'avis d'un comité constitué d'un membre du Conseil d'Administration, du directeur général, du responsable d'unité, du médecin-chef, d'un membre de la famille ou du tuteur et d'une personne extérieure (juriste).

 

            De manière générale, toute démarche se référera aux recommandations du Comité Consultatif National d'Ethique notamment à son avis du 3.4.1996 sur la contraception des personnes handicapées mentales ainsi qu'à la résolution sur les droits des handicapés mentaux adoptée par le Parlement Européen du 16.9.1992.

 

            Si la question de la contraception se pose pour une personne n'ayant pas atteint sa majorité légale, toute démarche devra sa faire avec l'accord explicite des parents.

 

 

 

            1.5. Homosexualité

 

            L'homosexualité peut être l'expression d'une sexualité qui s'oriente par nature vers un individu de même sexe. Mais elle peut également être liée à un environnement restrictif où il n'y a pas de mixité. L'ouverture à la mixité de certaines structures adultes amènera peut être certaines personnes à privilégier d'autres choix.

 

            Quelle que soit l'origine de cette homosexualité, nous acceptons la possibilité de telles relations, sans pour autant les considérer comme normales, dans la mesure où il y a consentement mutuel des deux partenaires et acceptation réciproque de la situation. Lorsque l'un des protagonistes subit la relation, notre devoir est de ne pas la tolérer (ce qui est vrai aussi dans le cas d'une relation hétérosexuelle).

 

            1. 6. Masturbation

 

            Les comportements liés à la masturbation apparaissent à l'âge de l'enfance. Manifestation d'auto-érotisme, la masturbation est considérée comme une manifestation normale de la sexualité. Elle est fréquente chez un grand nombre de personnes déficientes mentales. On l'observe aussi bien chez des personnes polyhandicapées que chez des personnes moins déficientes.

 

            Pratiqués dans l'intimité, dans un endroit privé, dans un contexte ne gênant pas les autres personnes, les comportements de masturbation sont acceptables. Ils peuvent être reconnus comme étant l'un des plaisirs auquel la personne handicapée peut accéder. Dans l'optique de la valorisation du rôle social de la personne handicapée, il convient de la responsabiliser face à ses activités masturbatoires. Il est souhaitable de la sensibiliser à ce qui est acceptable au niveau social. Ainsi, de telles activités ne sont tolérées que dans les lieux d'habitation où l'intimité de la personne est sauvegardée.

 

            En revanche, il est souhaitable de fixer des limites restrictives à ce type de comportements, dès que ceux-ci mettent en danger la personne handicapée. Dès que l'activité masturbatoire entraîne des lésions, des blessures corporelles au niveau des organes génitaux, nous devons protéger la personne et ne pas les accepter.

 

            1. 7. Les maladies sexuellement transmissibles (MST)

 

            Une étude menée en Ile de France indique que 50 % des personnes handicapées mentales ont des relations sexuelles et 75 % d'entre elles les ont avec d'autres adultes handicapés mentaux, le plus souvent à travers des relations multiples. Bien que non transposables au Sonnenhof, ces chiffres indiquent une nécessaire vigilance vis à vis du risque de MST, en particulier l'infection par VIH. Les résidents seront informés de ce risque, dans le cadre plus large de l'éducation sexuelle, et sans faire de ce thème une entrée en matière pour parler de la sexualité sous l'angle de la peur.

 

            Les mesures prophylactiques et les instructions des autorités sanitaires, visant notamment la protection du personnel médical, seront mises en place sous la responsabilité du médecin-chef.

 

            1. 8. Le cas particulier des enfants et adolescents

 

            Les secteurs d'enfants de la Fondation ont une responsabilité particulière dans la préparation et l'éducation des jeunes en vue d'une maturité sexuelle et affective. Tout ce qui est dit sur l'éducation sexuelle (§1.1.) s'applique donc tout particulièrement à eux. Il faudra veiller en particulier à instaurer un climat sain et équilibré, où le langage et les images ayant trait à la sexualité ne rangent pas celle-ci dans un registre du "sale" ou du "honteux".

 

            En favorisant la mixité dans les secteurs d'enfants, on les préparera d'autant mieux à vivre celle-ci en milieu adulte.

 

            2. Le personnel

 

            Il ne saurait être question de traiter de la sexualité des résidents en excluant de la réflexion le personnel de la Fondation. Par son comportement et ses propres représentations, celui-ci induit en effet des comportements et des représentations auprès de certains résidents.

 

            2. 1. Le comportement

 

            L'ensemble du personnel - en particulier le personnel éducatif, mais pas seulement lui - veillera à avoir en permanence un comportement correct dans son attitude générale, dans son langage et dans son habillement. Dans l'esprit de l'article 2.1.1. du Règlement Intérieur sur le respect des personnes handicapées, les tenues provocantes et le langage équivoque sont prohibés.

 

            2. 2. L'action sur l'environnement

 

            Le personnel éducatif veille à maintenir dans les groupes de vie et de façon générale à l'intérieur du Sonnenhof un environnement et un climat sains et équilibrés, en particulier dans le choix des revues ou des émissions télévisées qui leur sont proposées, dont seront exclues les émissions ou cassettes à caractère érotique ou pornographique.

 

            2. 3. La formation

 

            Dans le domaine de la sexualité, la formation doit constituer l'axe de travail majeur du personnel tant pour son information - formation propre par rapport aux questions touchant à la sexualité que pour l'élaboration de réponses adaptées aux besoins ou aux difficultés rencontrées par les résidents. Elle pourra porter en particulier sur la question des MST, en vue de dédramatiser certaines craintes. Les responsables d'unités veilleront à prévoir régulièrement des séquences de formation continue adaptées à la problématique particulière de leurs services.

 

            3. Les familles

 

            L'attitude des familles vis à vis de la sexualité de leur enfant handicapé mental est très variable : fréquemment cette question est évacuée, voire niée, du fait que la personne handicapée, même devenue adulte, continue à être considérée par ses parents comme un enfant, qui a, avant tout, besoin d'être protégé. Pour d'autres parents, au contraire, les manifestations de la sexualité de leur enfant sont perçues comme un signe de "normalité" et peuvent même être sujet de fierté. Si certaines familles sont favorables aux fréquentations amoureuses, voire aux relations sexuelles, de leur enfant, la procréation est très majoritairement redoutée. Toutes ces attitudes doivent être considérées avec respect. Elles peuvent être l'une des façons dont les parents réagissent contre la souffrance causée par le handicap de leur enfant. L'information et le dialogue doivent donc être constamment recherchés, sur ce plan comme sur tous les autres aspects de la vie en institution.

 

            3.1. L'information des familles

 

            Les orientations et les choix institutionnels de la Fondation, les projets de vie et d'organisation des unités et des groupes de vie ou de travail, doivent être présentés aux familles collectivement (lors des réunions de parents) ou individuellement. Cela est vrai pour l'ensemble des aspects de la vie (matérielle, sociale, spirituelle) donc aussi de la vie sexuelle. Il importe que les familles soient conscientes des projets et des options proposés à leur enfant (donc aussi des risques encourus). L'évolution réglementaire va vers l'établissement de véritables  "contrats de séjour" qui pourront préciser notamment les aspects relatifs à la vie sexuelle des résidents.

 

 

 

 

 

            3. 2. Le dialogue avec les familles

 

            Les choix importants concernant la vie des résidents, en particulier s'ils concernent leur vie affective et sexuelle, doivent être faits en recherchant la plus grande concertation avec les familles.

 

            Il importe en particulier de cheminer avec les familles dans la réflexion, car dans le domaine de la sexualité moins que dans tout autre, le professionnel ne saurait se poser comme "celui qui sait". La connaissance plus affective et intuitive des parents doit rencontrer la connaissance plus objective des éducateurs pour que soient définies ensemble, et chaque fois que possible avec le résident concerné, les meilleurs choix pour celui-ci, notamment à travers le projet individuel.

 

 

CONCLUSION

 

            Le domaine de la vie affective et sexuelle reste un domaine délicat, que la personne soit handicapée ou non. Il touche des aspects multiples de la vie (sociaux, médicaux, religieux, ...) dans un monde qui bouge considérablement. Il ne saurait donc être question de légiférer de manière définitive dans un tel domaine, où seuls l'écoute, le dialogue, l'information et la formation permanente peuvent permettre à tous, et plus particulièrement aux personnes handicapées, de progresser vers l'équilibre et l'épanouissement. Le présent document n'a pas d'autre ambition que de rappeler cette nécessité.



08/01/2013
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