HANDICAP, DROITS, SEXUALITE, LIBERTINAGE, HETERO, GAYS, BIS...

HANDICAP, DROITS, SEXUALITE, LIBERTINAGE, HETERO, GAYS, BIS...

La personne handicapée : libertée, autonomie

La personne handicapée : liberté, autonomie

Les associations qui militent en faveur de l’assistance sexuelle aux personnes handicapées sont conscientes des difficultés et des risques. Les informations recueillies sur des structures de cette nature fonctionnant à l’étranger montrent que les personnes qui suivent la formation d’aidant sexuel sont largement plus nombreuses que celles qui en définitive acceptent de mettre en pratique le savoir qu’elles ont acquis par leur formation. En outre, parmi ces dernières, les travailleurs du sexe restent majoritaires, les autres interrompant très vite cette activité.

La personne handicapée, de son coté, peut aussi ne pas se sentir à l’aise avec l’aidant sexuel. Dans les relations tarifées où les personnes ne se choisissent pas, peut-on évacuer la question de la contrainte pour l’une ou les deux personnes impliquées ?

Certaines personnes handicapées expriment clairement que la mise en place d’aidants sexuels les renverrait à recevoir une aumône, ce qui porterait atteinte à leur dignité. « L’assistance sexuelle une discrimination de plus ! » C’est ce qu’écrit une jeune femme dans un courrier des lecteurs de la revue Ombres et Lumière mi-juin 2011.

« Parce qu’on n’est pas comme tout le monde, la sexualité pour nous devrait être basée sur un contrat entre celui qui achète le « service » et celui qui rend le « service ».

Il serait simplificateur de prétendre que les personnes en situation de handicap sont seulement affectées par des « pulsions ». Si seule une réponse professionnelle, matérielle et technique était apportée aux sensations sexuelles et affectives des personnes handicapées, ne serait ce pas comme nous l’a dit une personne auditionnée « une façon de se débarrasser du problème » ? Vouer certaines personnes à ne vivre la sexualité que sur le mode pulsionnel - « en ne répondant à leur demande que selon ce registre » - serait une blessure supplémentaire et sans conformité

 avec les principes fondateurs de l’éthique médicale et soignante.

Indépendamment du constat des risques évidents présentés par l’assistance sexuelle, les situations restent très diverses. L’une des personnes auditionnées a évoqué l’exemple de l’aide à apporter à un couple de personnes handicapées motrices dont aucune n’a la possibilité physique de se rapprocher de l’autre. Cette situation appellerait l’intervention d’un aidant, intervention à laquelle on ne voit pas en quoi il pourrait être licite de s’opposer.

De fait les associations françaises militant pour l’instauration d’une fonction d’aidant sexuel s’attachent uniquement aux situations où seul le handicap physique empêche la personne de réaliser un geste de nature sexuelle. Il ne s’agit pas de pallier toutes les frustrations, mais d’aider ponctuellement à dépasser la situation de frustration et de souffrance induites par l’incapacité motrice.

Droit à la sexualité, droit à compensation

Certaines associations estiment que la mise en place des services d’aidants sexuels, en France, pourrait s’inscrire dans la démarche de compensation du handicap promue par la loi du 11 février 2005

 Le « droit à » pourrait alors prendre deux formes : soit la création d’un service public organique, ayant cette mission, soit la création d’une prestation permettant de rembourser ceux qui auraient recours à tel ou tel service.

13 Campagna N La sexualité des handicapés faut-il seulement la tolérer ou aussi l’encourager ? Editions Labor et

" La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie." (Art. L. 114-1-1).

S’il existe de fait des droits liés à la sexualité (droit à une contraception, droit à une sexualité sans grossesse non désirée), pour autant on ne peut en déduire que la situation sexuelle spécifique des personnes handicapées doit être « indemnisée » par l'État comme si ce dernier était à l’origine du préjudice. C’est bien au seul plan de la solidarité et au nom des principes éthiques que la question se pose. L’affirmation contraire risquerait d’aller dans le sens de « l’émiettement des droits subjectifs » que le Doyen Carbonnier discernait dans les sociétés actuelles. En résumé : à toute liberté ne correspond pas un devoir à assumer par la collectivité.

Force est de constater que de nombreuses personnes, hors tout handicap, ont des difficultés dans leur vie affective et sexuelle et que cela n’ouvre aucun « devoir » de la part de la société vis à vis d’elles. L’élément fondamental de la vie relationnelle est la gratuité, entendue sur le plan commercial et financier. Une reconnaissance en termes de droit et de moyens financiers ne risque-t-elle pas de fausser les choses ?

On peut souhaiter pour tout un chacun la possibilité d’une rencontre amoureuse fondée sur des émotions, des sentiments et des engagements moraux. Un tel souhait suppose des capacités de rencontres des autres que la société ne rend pas toujours aisées quand elle ne les rend pas difficiles voire impossibles.

Pour reprendre le sous titre d’un ouvrage récent13 sur la sexualité des handicapés, celle-ci

ne doit faire l’objet ni d’une tolérance ni d’un encouragement mais bien d’une liberté reconnue à la personne.

S’agissant des personnes handicapées, si elles n’ont pas la liberté de rencontrer d’autres personnes à l’école, de travailler, de se loger dans la ville avec les autres, mais vivent dans une institution, dans une collectivité, si le seul lien avec l’environnement est la famille, qui protège mais isole aussi, alors le défaut de vie affective et de sexualité peut tenir à la nature du handicap, mais aussi au fait que les possibilités en termes d’affectivité et de construction des relations et de la sexualité sont déjà obérées.

Quand bien même l’Etat ferait son devoir et tout son devoir (il semble que nous en sommes encore très loin, tant en matière de scolarisation des enfants que du travail des personnes handicapées ou de leur prise en charge médicale pour ne donner que quelques exemples), cela n’empêchera pas les personnes handicapées et leurs familles de continuer à vivre souvent dans l’isolement et une misère sociale et personnelle très grands. Il s’agit bien là d’un problème éthique. La place des personnes handicapées dans la société, y compris dans le sujet qui est le nôtre, est d’abord une question de sollicitude, d’aide, de facilitation, de bienveillance, apportées par chacun et cela ne saurait évidemment s’épuiser dans un devoir de l’Etat.

Conclusions et recommandations

Les trois questions de la saisine relatives à l’intimité des personnes handicapées, dans le respect de leur liberté affective et sexuelle ont été débattues autour de trois positions : ce qui est admis, ce qui est refusé et ce qui est discuté.

Les deux premières questions interrogeaient sur le rôle de l’Etat mais aussi de la société en général.

- Il revient à l’État de doter les personnes handicapées de moyens financiers suffisants, de développer l’accessibilité dans l’espace public comme les capacités de leur accueil et de leur hébergement et d’avoir le souci de la formation des professionnels. Les évolutions récentes de la loi sont en synergie avec l'exigence de solidarité à l’égard des personnes handicapées et de leurs proches. Encore faut-il qu’elle soit connue et appliquée. Pour autant, améliorer la situation des personnes handicapées ne relève pas seulement de l’intervention de politiques publiques. Tout ne peut relever de l’Etat et affirmer le contraire serait une façon d’esquiver le problème.

- Faire toute leur place à ces personnes est en effet une affaire collective dont chacun porte la responsabilité. L’isolement entraîné par les différentes formes de handicap et les exclusions qui leur sont liées causent beaucoup de souffrances. Elles limitent les occasions de rencontres au cours desquelles, reconnues comme hommes ou femmes, ces personnes pourraient nouer les liens sociaux et affectifs auxquels elles aspirent. A cet égard, c’est dès l’enfance que l’intégration des personnes handicapées doit se faire et dès le plus jeune âge qu’enfants valides ou handicapés devraient cohabiter pour reconnaître et accepter la différence et être éduqués en ce sens.

 

 

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10/05/2013
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